Une fois, une seule, aimable et douce femme,
à mon bras votre bras poli
S'appuya (sur le fond ténébreux de mon ame
Ce souvenir n'est point pali)
Il était tard; ainsi qu'une médaille neuve
la pleine lune s'étalait,
et la solennité de la nuit, comme un fleuve,
sur Paris dormant ruisselait.
Et le long des maisons, sous les portes cochères,
des chats passaient furtivement,
L'oreille au guet, ou bien, comme des ombres chères,
Nous accompaignaient lentement.
Tout à coup, au milieu de l'intimité libre
éclose à la pale clarté,
de vous, riche et sonore instrument où ne vibre
que la radieuse gaieté,
de vous, claire et joyeuse ainsi qu'une fanfare
dans le matin étincelant,
une note plaintive, une note bizarre
s'échappa, tout en chancelant
Comme une enfant chétive, horrible, sombre,immonde,
dont sa famille rougirait,
et qu'elle aurait longtemps, pour la cacher au monde,
dans un caveau mise au secret.
Pauvre ange, elle chantait, votre note criarde;
"Que rien ici-bas n'est certain,
et que toujours, avec quelque soin qu'il se farde,
se trahit l'égoisme humain;
"Que c'est un dur métier que d'etre belle femme,
et que c'est le travail banal
de la danseuse folle et froide qui se pame
dans un sourire machinal;
"Que batir sur le coeurs est une chose sotte;
que tout craque, amour et beauté,
jusqu'à ce que l'Oubli les jette dans sa hotte
pour les rendre à l'éternité!"
J'ai souvent évoqué cette lune enchantée,
ce silence et cette langueur,
et cette confidence horrible chuchotée
au confessional du coeur.
-Baudelaire
lunedì 5 dicembre 2011
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